Skip links

Session 2 des Apéros Diplomatiques avec l’Ambassade du Portugal à Paris: quelles conclusions en tirer?

Après l’organisation du premier Apéro Diplomatique en partenariat avec le Consulat Général du Royaume du Maroc à Strasbourg, le 7 avril dernier, c’est l’Ambassade du Portugal à Paris qui nous a ouvert ses portes. Animé par Son Excellence l’Ambassadeur du Portugal en France, Jorge TORRES-PEREIRA, le dialogue du 14 avril a porté sur les perspectives de développement du Portugal sur les scènes européenne et internationale de 2015 à 2025. Ambassadeur à Bangkok, Pékin, puis Paris, c’est avec expertise et expérience que le représentant du pays ibérique en France a su répondre à nos moindres questionnements et interrogations. Le débat s’est déroulé dans une ambiance conviviale, mais déterminée, réunissant des participants de différents pays africains et européens.

Ouvrant la conférence, notre Secrétaire Général, Monsieur David Antoni, a rappelé le but commun poursuivi à la fois par l’OJUEA et les Apéros diplomatiques par les jeunes : l’ouverture des ambassades d’Europe et d’Afrique aux jeunes dans le but de débattre des sujets qui les concernent, motivent et préoccupent. Modérée par nos deux modératrices, Sandy HUGUES et Emilie Fleur NGOMEN, la conférence s’est déroulée en trois étapes, trois questionnements fondamentaux autour de la place du Portugal sur les scènes européenne et internationale. Abordant successivement le programme de relance économique du gouvernement portugais, les enjeux et défis majeurs de la présidence portugaise au Conseil de l’Union européenne et enfin la place du Portugal en France, la conférence s’est voulue diversifiée.  

  • Covid-19 au Portugal. Le jour d’après : quelles stratégies gouvernementales pour la relance économique portugaise ?

Eprouvée par la crise sanitaire, l’économie portugaise a été le premier sujet abordé. En effet, fortement frappé par la chute du tourisme, le PIB portugais a enregistré un recul de 9.3% depuis le début de la crise, légèrement supérieur au 7.4% de moyenne de l’ensemble de la Communauté européenne. Confronté à ce constat, le gouvernement portugais a donc proposé un programme de relance étalé sur 10 ans, de 2020 à 2030. C’est précisément ce programme de relance qui a fait l’objet de nos premières questions.

En haut à gauche : Mme Sandy Hugues, Présidente de Stras’Diplomacy. En haut à droite, S.E.M Jorge Torres Pereira, Ambassadeur du Portugal en France. au centre, Mme Émilie Ngomen, Team Manager chez les JEUNES UE-UA.

En premier lieu, Son Excellence s’est efforcé de définir l’esprit même du projet de relance portugais, dont l’objectif est d’établir un paysage économique et social bien distinct de celui qui prévalait avant la crise du COVID-19. Le dessin de ce nouveau paysage économique et social se retranscrit, selon lui, par une multitude de mesures phares, telles que la lutte contre le réchauffement climatique, la valorisation du numérique dans l’économie portugaise, ou encore l’adaptation du marché de l’emploi aux nouvelles réalités économiques.

Toujours dans cet esprit d’adaptation aux réalités contemporaines, un des axes stratégiques de ce programme est la valorisation, auprès de la jeunesse portugaise, des études d’ingénierie. Réaffirmant l’importance et le besoin de promouvoir la connaissance scientifique, cette mesure se place, selon l’homme d’Etat, dans un contexte favorable à l’utilisation et au développement des sciences de l’information. Comme ce dernier l’a répété à plusieurs reprises, la programmation et la maîtrise du numérique deviendront dans les années à venir tout bonnement essentielles sur le marché du travail. Cette conception est d’ailleurs tout à fait pertinente lorsque nous considérons les réalités économiques du Portugal, pays où de nombreuses multinationales étrangères se sont déjà implantées en recherche de ce genre de compétences.

Discours introductif de M. David Antoni, Secrétaire général des JEUNES UE-UA

Affectée par la crise sanitaire et ses conséquences sur son éducation, la jeunesse a également été l’un des thèmes nodaux de notre dialogue. Tant destructrice par son impact sur la santé mentale des jeunes, que par son effet sur leurs formations, la crise du COVID-19 a bel et bien mis la jeunesse à rude épreuve, dont le rôle restait encore incertain au début de la crise.

A cela, Son Excellence s’est empressé de souligner les impacts néfastes de la crise sur le quotidien des jeunes. Pour pallier cet effet, le gouvernement portugais a d’ores et déjà implémenté des politiques conçues pour la jeunesse, visant à minimiser les effets les plus néfastes de la crise pour les étudiants les plus précaires. Cette aide prendra la forme de divers appuis sociaux et subventions dont le but sera d’apporter de l’aide à ceux qui se sont retrouvés le plus fragilisés par la crise.

C’est d’ailleurs au futur sommet de Porto, perçu comme le point culminant de la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne, que ces aides feront l’objet d’une discussion coordonnée entre les membres de l’Union. Ce sommet, prévu pour les 7 et 8 mai 2021, a été qualifié par notre invité de sommet « social », réunion dont le but sera de mettre à profit la dimension sociale de l’Union Européenne. Au-delà des défis sociaux, ce sont les défis politiques qui représentent et représenteront un axe essentiel de la présidence portugaise du Conseil de l’Union européenne.

  • La présidence portugaise au Conseil de l’Union européenne : une présidence aux enjeux et défis majeurs

Depuis le 1er janvier 2021, le Portugal a pris la tête de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Entre tensions politiques, relance économique et demandes sociales, la tâche semble ardue. Cependant, parmi toutes ces mesures, une d’entre elles semble émerger à la fois du fait de sa nécessité et de son urgence : la stratégie vaccinale européenne.

Plus de 40 participants ont suivi les échanges sur Zoom avec S.E.M l’Ambassadeur du Portugal

Peinant à coordonner une réponse harmonieuse à la crise sanitaire, l’Union européenne est accusée par de nombreux détracteurs d’être incapable de créer une union européenne de la santé. Considérée comme trop lente et disparate pour efficacement mettre un terme à la pandémie, nous avons abordé la question de l’efficacité de l’action communautaire en matière de vaccination.

A cette question, Son Excellence s’est voulu très optimiste. Comme il l’a remarqué, il semble y avoir une véritable volonté politique de coordonner les stratégies vaccinales au sein de l’Union européenne. L’uniformisation des stratégies vaccinales nationales a ainsi permis de limiter les trop grandes disparités au sein de la Communauté européenne. Cette coordination se révèlera bénéfique, selon lui, dans la mesure où dépasser la pandémie nécessitera un effort global, et non plus national.  

Additionnellement à la crise sanitaire, l’Union européenne a été confrontée à une crise de nature politique au cours de ces derniers mois. La crise gréco-turque, qui menace de s’élargir à un conflit euro-turc, représente l’un de ces enjeux politiques. La modification de la zone économique exclusive grecque, en dehors de tout accord maritime international, par les représentants turcs et libyens a en effet été source de multiples tensions entre les Etats grec et turc. En tant qu’ambassadeur du pays à la présidence du Conseil de l’Union européenne, Son Excellence l’Ambassadeur Jorge TORRES-PEREIRA était donc parfaitement en mesure de nous informer sur la résolution de cette crise politique.  

Comme il l’a d’emblée souligné, il n’existe pas de réponse simple à ce problème. C’est pourquoi, selon lui, la réponse européenne se veut à la fois ferme et souple, permettant à la fois de sanctionner la Turquie si le conflit s’aggravait, sans pour autant rester fermée à un dialogue rassemblant les parties concernées. Fondamentale dans la gestion d’enjeux internationaux (comme la crise migratoire), la relation euro-turque semble cruciale aux yeux de l’Union. Naturellement, l’Union européenne n’incarne pas la seule table de négociation autour de laquelle pourront se réunir la Grèce et la Turquie. Selon notre invité, l’appartenance à l’OTAN des deux Etats permettra également d’empêcher que les tensions dégénèrent davantage.

Agissant en tant que pacificateur, l’Union européenne cherche à promouvoir son rôle sur la scène internationale. En effet, la réaffirmation de l’Union européenne dans le monde est un des principes fondamentaux que nous retrouvons dans les objectifs fixés par la présidence portugaise de l’Union européenne. Dans le cadre de cet objectif, la coopération Nord-Sud se révèle cruciale, une relation que de nombreux observateurs perçoivent encore comme une forme d’assistanat du Nord (‘pays développés’) vers le Sud (‘pays en voie de développement’). Intrinsèque à l’action de l’OJUEA, nous avons donc demandé à l’Ambassadeur de nous apporter quelques éclairages sur sa vision de la coopération euro-africaine.

Cette question a suscité chez Son Excellence un grand intérêt. En tant que partenaire frontalier avec le continent africain, le Portugal a joué un rôle manifeste dans la formation des relations euro-africaines. En temps normaux, ces relations sont caractérisées par des rencontres à haut niveau entre les deux continents, rencontres qui se sont malheureusement ralenties voire transformées en réunions de moindre importance au cours de la crise. Ce que la présidence portugaise prône, c’est justement la reprise du rythme de ces réunions pour avancer sur les problématiques qui les concernent tous les deux, à l’image de la transition verte.

Son Excellence a toutefois voulu mettre en lumière l’évolution des relations euro-africaines, qui se déroulent dans un véritable sentiment de compréhension et respect de leurs agendas politiques respectifs. En résumé, selon lui, l’atmosphère de négociation entre les deux continents n’est pas caractérisée par une forme d’assistanat, mais plutôt par un sentiment de compréhension et d’écoute des revendications de chacun. Les acteurs européens et africains semblent désormais avoir une idée très claire des politiques qu’il est nécessaire d’entreprendre, en addition des limites et capacités de chacun. Toujours plus connectés les uns aux autres, les pays européens et africains ne sont pas les seuls à connaître une forme d’interconnectivité. En effet, ces dernières années ont fait état d’un renforcement des relations franco-portugaises.

Diffusion en direct des ADJ 2021 sur le site internet de l’OJUEA
  • Le Portugal en France : un maillage de cultures pour une coopération renforcée

Liées par leur racine latine commune, les communautés lusophone et francophone sont profondément connectées de nos jours. Dans le cadre de ses missions, Son Excellence a contribué à approfondir ces relations. A l’évidence, le Portugal n’agit pas en tant que représentant des autres pays membres de la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), qui disposent chacun de leur propre relation bilatérale avec la France.  Cependant, un combat commun semble bel et bien motiver l’ensemble des pays lusophones :  l’enseignement du portugais en France. Dans le cadre de ses fonctions, l’Ambassadeur du Portugal à Paris a ainsi revendiqué l’enseignement du portugais, au même titre que l’allemand ou l’espagnol. De surcroît, bien plus que la simple similarité linguistique, ce sont des valeurs similaires, attrayant à l’Etat de droit, à la dignité humaine ou encore au multilatéralisme, que partagent les membres de la CPLP.   

Or, cet héritage culturel et linguistique peine à traverser les frontières nationales des pays lusophones. De nombreuses initiatives à l’échelle européenne ont donc cherché à promouvoir une forme d’identité européenne, par-delà les frontières nationales. C’est pourquoi notre sujet de discussion suivant s’est porté sur la pratique du jumelage, initiative européenne datant de la reconstruction post-Seconde Guerre mondiale. Le but étant de forger une identité européenne à travers des échanges culturels, le jumelage reste une pratique dont doutent encore de nombreux maires. En observateur avisé, Son Excellence a souligné l’importance pour les villes jumelées de disposer de projets communs, afin de former un lien réel entre les populations des deux pays.

Toutefois, c’est la stabilité de ce lien qui semble être remise en cause par des phénomènes internationaux aux conséquences dramatiques, à l’instar du réchauffement climatique. Face à l’ampleur de la crise économique au Portugal, nous avons finalement demandé des éclaircissements à notre invité sur la place qu’occupe la lutte contre le réchauffement climatique dans la relance économique portugaise.

Sur cette question, l’homme d’Etat s’est montré ferme, en marquant la nécessité de dédier des fonds substantiels au changement climatique et à la transition énergétique. Depuis la ratification d’un European Green Deal, les Etats semblent en faveur d’une action coordonnée afin d’atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés pour la date butoir de 2030. C’est dans ce cadre contraignant, le besoin de réduire continuellement les émissions de carbone, que devront désormais être pensées les mesures économiques futures. La question reste donc selon Son Excellence, une question de concession nationale, concession que les acteurs en question devront opérer chacun de leur côté.  

Pour conclure cette conférence chargée d’informations que d’espoirs pour le futur, nous avons finalement demandé à notre invité quels conseils il pourrait offrir aux jeunes étudiants voulant se lancer dans la voie ardue de la diplomatie. A cela, ce dernier a vanté les louanges de la lecture, qui aurait le mérite selon lui de développer une forme de tolérance. Pour reprendre ses mots, ‘pour être bon diplomate, il faut être le plus universel possible.’

Mais au-delà de la valeur formatrice qu’il attribue à la lecture, l’homme d’Etat nous a incité à maintenir éveillée notre curiosité, qualité fondamentale dont dispose tout bon diplomate.

Témoignant de la confiance entre l’OJUEA et l’Ambassade du Portugal à Paris, cet Apéro Diplomatique s’est révélé à la fois instructif et plein d’espoirs pour les sessions prochaines. L’OJUEA réaffirme son soutien aux initiatives du gouvernement portugais visant à approfondir l’identité et la coordination européennes. Nous nous réjouissons des débats qui y ont pris place et espérons qu’il sera le premier de nombreux autres avec Son Excellence Monsieur Jorge TORRES-PEREIRA. 

Valentin BOSSHARD