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Amazonie: pourquoi faut-il réellement s’inquiéter?

image Paris Match

S’il faut s’inquiéter de la destruction de la forêt amazonienne par les flammes, ce n’est pas pour les raisons qui nous viendraient à l’esprit en premier lieu.

D’abord, l’argument avancé le plus souvent dans le débat public, comme au « café du commerce », suppose qu’avec la disparition de la forêt amazonienne, la Terre perdrait son « poumon ». Cette affirmation est fausse pour deux raisons.

Tout d’abord, si l’on veut être rigoureux en termes de terminologie, une forêt fonctionne de la manière inverse d’un poumon. En effet, un poumon humain, grossièrement, absorbe de l’oxygène et rejette du dioxyde de carbone (CO2). Or la photosynthèse végétale fonctionne schématiquement ce la manière inverse : une plante (et a fortiori, un arbre) absorbe du dioxyde de carbone et rejette de l’oxygène. C’est pourquoi le qualificatif de « poumon » devrait être à bannir car il prête à confusion, selon que l’on préfère sa définition biologique ou métaphorée.

Quand bien même nous garderions une acception métaphorée de l’Amazonie « poumon de la Terre », au sens où la production d’oxygène de cette forêt permettrait aux êtres vivants de respirer, cette définition serait fausse. Depuis la médiatisation des incendies, l’on a souvent entendu dire que la forêt amazonienne produirait vingt pourcents de l’oxygène mondial. Certains en ont alors déduit que sa perte, équivaudrait à une diminution d’un cinquième de l’oxygène disponible pour les êtres vivants (donc, les humains également), ainsi que de leur capacité respiratoire. En vérité, à ce niveau-là, le scénario est moins catastrophique qu’il n’y parait. Si l’Amazonie représente incontestablement une énorme part de tout l’oxygène disponible dans l’atmosphère, en réalité, elle fonctionne en système clos et ne fait donc pas bénéficier beaucoup d’êtres vivants, autres que ses végétaux, de son oxygène. En effet, un arbre produit pratiquement autant d’oxygène durant sa vie, qu’il n’en consomme à sa mort (du fait de sa décomposition, du CO2 que cette dernière émet et de l’oxygène utilisé par les animaux « composteurs »). De ce fait, une forêt ne produit donc pas plus d’oxygène qu’elle n’en consomme (notre oxygène vient en effet d’autre part et serait bien antérieur à la forêt amazonienne). La perte de l’Amazonie ne changerait donc pas grand-chose à la composition atmosphérique de notre planète.

image Huffington post

Ainsi, si l’Amazonie ne doit pas être perçue comme une « usine à oxygène », ni, à proprement parler, comme le « poumon » de la Terre, sa disparition dans les flammes poserait un autre problème majeur. 

Evidemment, l’on peut penser aux effets désastreux qu’engendreraient (et qu’engendrent déjà) l’augmentation brutale du CO2 (due aux incendies) dans l’atmosphère sud-américain, sur la santé des populations. Mais là encore, ce taux tendrait à se stabiliser sur le long terme. En revanche, une autre conséquence de long terme concerne évidemment le relâchement de ce même CO2, en quantité énorme, non-absorbées par des arbres qui n’existent plus, sur l’accélération réchauffement climatique. Pour autant, l’effet le plus impactant de la perte de la forêt amazonienne sur le long terme est encore plus pernicieux : il s’agit d’un manque à gagner considérable. 

En effet, l’Amazonie recèle une biodiversité unique au monde, dont beaucoup de ses composants inspirent l’innovation scientifique et pharmaceutique. En revanche, nombre des secrets de la biodiversité amazonienne restent encore à découvrir et dans une hypothèse de soutenabilité forte (hypothèse de plus en plus crédible aujourd’hui), la destruction de ces secrets par les flammes, représenteraient une perte irréversible pour la science, à l’heure où certains experts président par exemple, d’ici 2050, dix millions de morts supplémentaires par an à cause du phénomène de résistance antibiotique, et où la médecine a donc plus que jamais besoin d’innovations. La perte de l’Amazonie ferait alors courir un grand danger à la santé mondiale.

En somme, l’Amazonie doit moins être sauvée du fait de sa production d’oxygène, qu’en raison des secrets qu’elle renferme. En d’autres termes, laisser brûler l’Amazonie reviendrait à détruire une nouvelle planère inconnue, sans l’avoir explorée. D’une certaine manière, si l’Amazonie n’est pas le « poumon » de la Terre, elle est un « réservoir » de la médecine.

En outre, l’homme, en laissant l’Amazonie se consumer dans les flammes, trahirait sa nature d’explorateur et d’innovateur, qui l’a amené au sommet du règne animal aujourd’hui. C’est donc parce que la sauvegarde de l’Amazonie serait pragmatiquement et philosophiquement salvatrice, que nous appelons de tous nos vœux, la résolution du conflit diplomatique qui oppose le Brésil et les Etats-Unis (qui ont récemment refusé de participer à l’aide promise par le G7), à notamment la France, afin de permettre le versement de la somme promise par les membres du G7 pour lutter contre les incendies amazoniens. 

De même, nous pensons qu’il serait bienvenu que les grandes puissances proposent également un plan d’action contre les incendies en Afrique, qui, même si leur impact est moins considéré, sont numériquement plus importants.

David ANTONI

Chargé des affaires européennes, Organisation des jeunes pour l’Union européenne et africaine

29 août 2019

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