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COTE D’IVOIRE : LA JEUNESSE IVOIRIENNE FACE AU COVID-19 : ENTRE ESPOIR ET DEFIS

Ministre de la santé ivoirien, site officiel de Gouvernement de Cote d’Ivoire

Identifiée et confirmée depuis le 11 mars 2020 sur le territoire ivoirien, la pandémie de Covid-19 ne cesse de croître au sein de la population, n’en épargnant aucune frange. A ce jour, la Côte d’Ivoire a franchi la barre des 1000 cas, avec une moyenne d’âge de 40 ans pour les personnes infectées. Dans une note d’information du 15 avril 2020, le Dr Aka Aouélé, ministre de la Santé et de l’hygiène publique, indiquait que « l’âge moyen des malades est de 40 ans avec des extrêmes de 18 mois à 82 ans ». La jeunesse, qui compose la plus grande partie de la population ivoirienne, pourrait être la plus touchée par cette crise sanitaire. Dans les lignes qui vont suivre, nous verrons les enjeux de cette crise pour la jeunesse, par une analyse des situations sociales, économiques et politiques.

La population ivoirienne, comme partout en Afrique, est très jeune. En Côte d’Ivoire, plus de 77% de la population a moins de 35 ans. On la retrouve dans tous les secteurs de la vie sociale : secteur éducatif, secteur économique.  De ce fait, face à la crise sanitaire mondiale qui touche le pays, la jeunesse est la plus directement touchée par les mesures du gouvernement.

En effet depuis la confirmation du premier cas, le gouvernement a procédé, dès le 16 mars, à la fermeture des établissements scolaires et universitaires sur l’ensemble du territoire. Pour les établissements scolaires, c’est plus de 2 millions d’élèves qui attendent la reprise des cours, et plusieurs étudiants confinés chez eux. Face à cette situation qui a été prolongée pour un mois, le gouvernement, via le ministère de l’Education nationale, a pris des mesures d’accompagnement en instituant le télé-enseignement. Diffusés sur les chaînes de la télévision nationale et par les ondes des radios de proximité, les cours concernent dans un premier temps les élèves en classes d’examen, du primaire au secondaire, pour ne prendre en compte que plus tard, les niveaux intermédiaires. Le slogan de cette entreprise « Ecole fermée, mais cahiers ouverts », lancé par le ministre de l’Éducation nationale, Mme. Kandia Camara traduit une double volonté de respecter les mesures de confinement, sans en sacrifier l’éducation des jeunes. Si cette entreprise est louable, plusieurs remarques peuvent être faites, notamment du point de vue de l’efficacité de la méthode de diffusion des cours. 

D’un autre côté, le délaissement des jeunes universitaires et l’inexistence des mesures d’accompagnement pour réaliser les cours à distance montrent les véritables failles de l’enseignement supérieur utilisant le système LMD depuis 2012 (le LMD, « Licence-Master-Doctorat », désigne la réforme universitaire adoptée par la Côte d’Ivoire pour harmoniser les différents niveaux et diplômes, de sorte à s’aligner sur les standards internationaux). Si l’une des exigences académiques de ce système est la maîtrise des cours à distance, il faut reconnaître que cela n’est pas encore un acquis pour les universités ivoiriennes. Comme le mentionne Lamine Barro, fondateur de Etudesk pour le compte d’un article en ligne publié sur Ciomag le 14 avril 2020, « En dehors de l’Université virtuelle de Côte d’Ivoire (UVCI) qui continue normalement son programme, nous ne voyons toujours pas d’initiatives pour la formation des étudiants des universités publiques ». Etudesk est une startup qui évolue dans le numérique et met gratuitement à disposition des écoles, sa plateforme de e-learning, pour assurer une continuité de formation en cette période de crise sanitaire. 

Toujours d’un point de vue social, mais cette fois-ci économique, la jeunesse est encore la plus touchée par la crise sanitaire du pays. 

En effet, il faut rappeler que la jeunesse en âge de travailler représente une grande partie des acteurs du secteur informel. Selon les enquêtes sur l’emploi menées en 2016 par l’Institut national des statistiques, seul 2,9% des jeunes de 15 à 24 ans sont dans le secteur formel, contre 12,7% pour les 25 ans et plus. Cela signifie qu’ils sont nombreux à évoluer dans le secteur informel, où ils vivent au jour le jour, selon la paie de la journée. Ils sont des petits commerçants, des détaillants, des ouvriers d’usines (où les heures de travails ont été réduites pour respecter les mesures du gouvernement, et par conséquent le personnel et le salaire), des gérants de maquis, etc. qui peinent à survivre en cette période. Pourtant, nombreux sont ceux qui travaillent pour soutenir leurs parents, pour subvenir aux besoins de leur famille ou simplement pour survivre et financer leurs études. Pour les tenants de petits commerces et de magasins, le paiement des impôts, plutôt que d’être pris en charge par l’État ou réduit, a été simplement décalé. Aussi, les programmes d’insertion et d’autonomisation des jeunes ont été altérés.

Mamoudou Touré, ministre de la promotion de la jeunesse, image Wikipédia.

Face à cela, le ministre de la Promotion de la jeunesse et de l’emploi des jeunes, Mr Mamadou Touré, a pris des mesures pour réduire l’impact de la pandémie sur ce programme. Il a annoncé « la poursuite des décaissements avec une priorité accordée aux jeunes dont les activités sont réalisables malgré la crise », dans le cadre du programme de financement des jeunes porteurs de projet (Abidjan.net, 20 avril 2020). Il a également annoncé que priorité sera accordée aux jeunes entrepreneurs exerçant dans le domaine de la production de matériels de protection contre le Covid-19 : masques, gels, etc. Quoique ces mesures sont à saluer, on peut s’interroger sur le devenir des chômeurs ou de ceux qui verrons leurs revenus être réduits du fait de la pandémie. Comment subviendront-ils à leurs besoins ?

Certains jeunes, cependant, n’ont pas attendu les mesures du ministère de la jeunesse pour entreprendre des actions positives et freiner la propagation du virus. On ne compte pas seulement une jeunesse désespérée, mais on compte aussi une jeunesse consciente et entreprenante qui ne demande qu’à être mise en valeur pour faire sa part. C’est le cas de la startup Etudesk, spécialisée dans la conception de technologies destinées à l’éducation, disposant d’une plateforme de e-learning. C’est également le cas des leaders d’associations et de mouvements de jeunes de la société civile qui laissent dessiner par leurs actions, un sentiment de solidarité nationale. Des initiatives ont été prises par des associations pour sensibiliser sur le respect des mesures indiquées contre le Covid-19. 

Ces actions bénévoles consistent sur le terrain, à approcher les populations sur les places publiques pour leur expliquer les méthodes barrières contre le Covid-19, et les actions à éviter. Sur les réseaux sociaux, les sensibilisations se font sous la forme de relais d’informations en pointant les vraies informations et les ‘fakes news’, de vidéos de sensibilisation et de rappel des bonnes attitudes à adopter.Dans la diversité de leurs actions, ils mettent chacun à profit toutes les possibilités imaginables du digital.

L’État, dans le même élan, a mobilisé près de 500 jeunes sur l’étendue du territoire national, afin d’aller au contact de la population et poursuivre la sensibilisation.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeunesse est au cœur de cette pandémie en Côte d’Ivoire : les jeunes sont acteurs (pour participer à freiner l’avancée de la maladie), mais ils sont aussi victimes. Victimes parce que composant la plus grande partie de la population, ils sont exposés ; victimes d’un système qui n’a pas de plan d’urgence en cas de crise, pas de système d’assurance pour la jeunesse, pas de plan pour assurer réellement de façon qualitative la continuité des cours. Son système est à l’image de l’offre du secteur informel pour les jeunes : un système qui vit au jour le jour, sans prévoyance. Cependant, émerge une jeunesse consciente, déterminée à être autonome, et dont la voix se voit portée au grand jour.

  • Helena ABOZAN, Chargée de Communication, OJUEA- Cote d’Ivoire. 
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